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06.12.2018: La croissance baissera de 50% en Suisse en 2019

06.12.2018 16:52:46
L’économie mondiale ralentit, ce qui mettra un terme à une phase de forte expansion de l’économie exportatrice suisse. En conférence de presse, Rudolf Minsch, chef économiste d’economiesuisse, a montré que les risques conjoncturels sont en nette augmentation. Au vu des importantes incertitudes, il est peu probable que les investissements progressent en Suisse en 2019, mais la consommation devrait rester stable. La faîtière de l’économie table sur une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 2,7% pour cette année et de 1,4% pour 2019. Elle s’attend à une augmentation de l’emploi l’an prochain et à un taux de chômage moyen de 2,4%.

Après une poussée de croissance très positive au premier semestre 2018, les performances de l’économie suisse ont déçu au troisième trimestre. L’économie indigène est restée à peu près stable, avec des fluctuations des activités économiques à court terme liées au commerce extérieur. Le dynamisme de l’économie mondiale a dopé la demande de biens et services suisses, même si la situation varie fortement d’une région à l’autre. La locomotive mondiale est de nouveau les États-Unis. Le gouvernement de Donald Trump a encouragé la bonne marche de l’économie en baissant les impôts et en créant des incitations financières. Jusqu’ici, l’économie chinoise résiste face aux mesures protectionnistes américaines. Par contre, l’économie européenne enregistre une croissance un peu moins forte que prévu. Au troisième trimestre, la demande de biens et services suisses a reculé et les exportations ont déçu, surtout celles à destination de l’Europe et de l’Asie.

Le ralentissement de la croissance au troisième trimestre était seulement temporaire. Ainsi, les exportations de biens se sont de nouveau envolées en octobre pour battre le record mensuel de tous les temps. Elles évoluent de manière beaucoup plus dynamique que les exportations de services. Les exportations totales de 2018 s’inscriront en forte hausse par rapport à 2017. Les entreprises suisses investissent, cette année, de gros montants dans des installations de production et le développement de nouvelles activités commerciales. L’économie indigène profite également de ces investissements en équipements élevés. La construction continue de croître, mais nettement moins par rapport aux investissements en équipements. La consommation, aussi, progresse moins que la moyenne, mais elle est néanmoins stable et aussi vigoureuse que ces dernières années.

L’économie suisse continuera de croître en 2019, mais nettement moins vigoureusement
Les incertitudes économiques se sont multipliées. Le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, le Brexit, la crainte d’une nouvelle crise de l’endettement en Europe et d’éventuelles piqûres de l’UE dues à l’incertitude entourant l’évolution des relations avec la Suisse sont autant de facteurs d’instabilité pour les entreprises suisses. En raison de la dégradation de l’environnement économique mondial, les prévisions de croissance pour les exportations sont revues à la baisse. Les principales branches exportatrices (les industries chimique et pharmaceutique, de la technique médicale, des machines, des équipements électriques et des métaux ainsi que textile et horlogère) tablent malgré tout sur une croissance positive en 2019. Elles prévoient aussi une hausse de l’emploi dans leurs domaines. Quant aux prestataires de services fortement orientés vers l’exportation, comme les banques et l’hôtellerie, ils s’attendent à une augmentation de leur création de valeur en 2019. Cependant, l’emploi devrait stagner (hôtellerie) ou baisser (secteur bancaire), contrairement à l’évolution constatée chez les exportateurs de biens. Les assurances et le commerce, plutôt orientés sur le marché indigène, suppriment des emplois malgré la croissance. De même, l’industrie des télécommunications, pour laquelle les perspectives de croissance sont négatives, coupe dans ses effectifs. Les adaptations structurelles se poursuivent dans ces branches.

L’incertitude a surtout rendu les entreprises plus prudentes. Cela explique pourquoi les investissements en équipements n’augmenteront guère en 2019. Idem pour les investissements dans la construction. Le second œuvre peut croître encore un peu, mais on s’attend à un repli dans le gros œuvre en 2019. Celui-ci s’explique avant tout par le ralentissement de la construction de logements. Le génie civil a, quant à lui, un effet de soutien. À l’instar de ces dernières années, les branches ci-après enregistreront également une croissance en 2019: la branche des fiduciaires et du conseil, la santé, les administrations publiques, la formation et la recherche ainsi que les transports.

Renchérissement modeste, hausse de l’emploi et baisse du chômage
Pas de changement à l’horizon en ce qui concerne les prix. Une certaine inflation est attendue. À cela s’ajoute que les prix du pétrole se détendent et que le franc suisse s’est à nouveau apprécié légèrement. Dès lors, les prix à l’importation ne provoqueront pas de poussée inflationniste en Suisse. En 2018, l’inflation restera juste en-deçà du seuil de 1%. Et, l’an prochain, la politique monétaire ultra-expansive devrait être, enfin, abandonnée. Des taux d’intérêt en légère hausse ne sont attendus que vers la fin 2019 en Suisse.

Le taux d’inflation, quant à lui, devrait avoisiner 0,8% l’an prochain. Ce sont de bonnes nouvelles pour les travailleurs, car la hausse attendue des salaires nominaux, de 1,2%, se traduira par une augmentation des salaires réels. L’économie indigène sera en outre soutenue par l’augmentation persistante, quoique légèrement plus faible, de l’emploi et un léger recul du chômage.

Des risques conjoncturels baissiers nettement renforcés
Cette année, trois risques conjoncturels se sont nettement accentués. Premièrement, il y a un risque réel que l’Europe connaisse une nouvelle crise de l’endettement et que, dans ce contexte, le franc suisse s’apprécie par rapport à l’euro. En conflit budgétaire avec l’UE, l’Italie menace la stabilité de l’ensemble de la zone euro. L’Italie est «too big to fail», car c’est, d’une part, la troisième économie de la zone euro et que, d’autre part, son endettement public dépasse largement le volume admis par le plan de sauvetage prévu. Sans compter que de nombreux emprunts à court terme arrivent à échéance en 2019 et que l’Italie doit renouveler des dettes pour un montant de plus de 250 milliards d’euros sur le marché des capitaux. Des questions sur l’avenir de l’euro pourraient entraîner une appréciation du franc suisse, comme cela avait été le cas en 2011.

Sachant que d’éventuelles turbulences sur les marchés pèseraient sur la conjoncture en Europe, les perspectives, toujours favorables, de l’industrie suisse pour les exportations se dégraderaient rapidement si elles se réalisaient. Le Brexit pèse également sur la conjoncture européenne, de manière globale. Deuxièmement, le conflit commercial opposant les États-Unis et la Chine peut entraîner un effondrement de la conjoncture mondiale. Et, troisièmement, des problèmes dus à des facteurs helvétiques peuvent aussi influencer négativement l’évolution de l’économie suisse. La sortie de la politique monétaire ultra-expansive qui se dessine en Europe et en Suisse ainsi que la hausse des taux de vacance pourraient entraîner des corrections de prix marquées sur le marché immobilier suisse. Si un «atterrissage en douceur» ne devait pas être possible, l’économie indigène serait considérablement menacée. Des réglementations supplémentaires et les incertitudes concernant les relations institutionnelles entre la Suisse et l’UE pourraient aussi réduire la croissance de l’économie suisse.

(Source: economiesuisse)